Running et sécurité : faut-il se méfier de Strava ?

Qui ne connaît pas Strava ? Depuis une dizaine d’années, cette application s’est révélée incontournable dans le monde du running. Pour certains, Strava motive, connecte et fédère des millions de sportifs. Pour d’autres, comme moi, je me suis méfiée très tôt car derrière tout cela, se cache une réalité moins visible : celle de la sécurité. Je pourrais même dire en particulier pour les femmes.

Je m’étais inscrite une fois au tout début de l’application mais très vite, je me suis sentie submergée par une faille de sécurité : tout le monde savait ce que tu faisais, où, à quelle heure et limite avec qui tu courais. Strava est très précis et j’avoue que lorsque un follower me fit cette remarque « ah oui, je connais bien tes parcours », j’ai commencé à me sentir mal. Vous connaissez cette petite peur viscérale qui vous met mal à l’aise, qui vous exprime un sentiment d’impuissance. C’est à ce moment-là que j’ai supprimé l’application.

Pendant des années, j’ai refusé de l’avoir. Et pourtant, Strava gagnait des milliers d’abonnés régulièrement. Tous mes amis et ma famille étaient inscrits et prenaient plaisir à le faire.

Et c’est depuis le mois d’avril que j’ai décidé de revenir sur l’application car on me donnait la possibilité de la tester en abonnement premium. C’était l’occasion de se refaire une idée car beaucoup me disait que l’application avait bien changé surtout en termes de sécurité.

C’est ce que je cherchais à comprendre.

Quand le running devient traçable

Je poste très régulièrement sur les réseaux sociaux, pour garder un souvenir, une trace. Courir et poster sur Strava, c’est aussi poster sa sortie pour garder une trace de son allure, se souvenir et parfois comparer ses segments. Je n’ai pas beaucoup d’abonnements mais quand je regarde les miens, je m’aperçois queje sais tout des runs de mes amis :

● un itinéraire exact
● une heure de passage
● un point de départ et d’arrivée
● une régularité dans les habitudes

Et c’est là que le bât blesse. En tant que coureuse, je trouve cela très intrusif. Nous nous retrouvons avec des données qui peuvent reconstituer le quotidien et les habitudes d’une coureuse. Même si à l’origine, c’était « juste » pour partager. Et j’avoue que cela me dérange un peu. Je reconnais que courir nous apporte tellement de bienfaits que je ne vais pas en rajouter sur la charge mentale de savoir si quelqu’un va obtenir toutes mes données. Avouez que cela fait peur tout de même.

Une exposition qui touche davantage les femmes

En vrai, on se dit oui mais tout le monde poste sur Strava, donc tout le monde est concerné. Mais en vrai, on sait tout de même que pour les femmes courir n’est pas si synonyme de liberté. Evidemment, cela ne doit pas nous empêcher de courir. Mais il faut dire que nous sommes dans une hypervigilance permanente, en faisant attention aux horaires, aux adaptations de nos parcours surtout quand on court seule.

Et encore, j’habite à Paris et je peux m’adapter à tous ces parcours mais quand je cours dans les campagnes, il est facile de localiser des domiciles grâce aux cartes publiques, voire avoir des interactions non voulues.

Strava ne crée pas ces risques, mais il peut les rendre plus accessibles.

La mise en place d’outils de sécurité existe mais reste sous-utilisée

Bien évidemment, avec tout cela, Strava n’avait pas envie de faire face à des fuites d’abonnés. Pas d’abonnés, pas de business. Face à cela, Strava a renforcé ses paramètres de confidentialité et encore faut-il le savoir.

Strava
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Masquer les zones sensibles

Tout d’abord, quand j’ai créé mon compte, je suis tout de suite allée voir mes paramètres. J’ai modifié les zones de confidentialité qui permettent de cacher automatiquement les débuts et fins de parcours autour d’un lieu précis. C’est déjà cela. C’est d’ailleurs devenu une base pour éviter de dévoiler son domicile. Les personnes n’ont pas besoin de savoir où vous habitez.

Contrôler la visibilité

Il faut dire que toutes les activités peuvent être : publiques, limitées aux abonnés, totalement privées.

C’est un paramètre qu’il faut aussi modifier dès votre inscription. Autant les courses officielles ne me posent pas de problème, autant je préfère garder mes entraînements privés. En revanche, quand tu rencontres un personnage public sur Strava, il est possible de tout voir s’il a son Strava avec un côté un peu voyeur de ses stats.

Partager sa position en direct

La fonction Beacon permet d’envoyer sa localisation en temps réel à un proche, ce qui peut se révéler utile pour la sécurité pendant la sortie et apparemment sans effet sur ce qui est publié après.

Personnellement, mes proches ont ma localisation sur mon téléphone et sur ma montre que je prends toujours avec moi. Cette fonction me semble inappropriée pour ma pratique. Je pense malgré tout que les données peuvent être trackés.

Courir visible sans être vulnérable : les bons réflexes

Après, ne soyons pas paranos, nous pouvons tout à fait utiliser Strava sans se mettre en danger et nous ne sommes pas obligés de renoncer au partage. Il suffit juste faire attention.

Déjà, je suis passée en compte en privé. Je garde pour moi, j’ai un pseudo impossible à retrouver.

Je change tout le temps de parcours pour éviter la répétition et les heures aussi. Je cours de façon imprévisible.

Comme pour Instagram, je ne poste qu’après avoir couru sauf pour les courses officielles. Je fais du tri dans ses abonnés, je n’ai presque que la famille. Je refuse les demandes d’abonnements de coureurs que je ne connais pas dans la vie réelle. Même si je connais sur Instagram, je ne donne pas mon Strava. Les réseaux, ce n’est pas la vraie vie.

Et puis, on n’est pas obligée de tout poster. Le paradoxe Strava

Alors, il est vrai que le côté communautaire, les différents challenges de Strava nous donnent envie de nous motiver ensemble, de nous dépasser. Partager pour comparer parfois, pour s’encourager et aller toujours plus loin.

Mais parfois, cela signifie aussi on va donner plus d’informations et les aficionados des datas adorent le côté pointilleux, avec des détails des allures, des lieux.Cela va nous rendre de façon très insidieusement plus méfiante. Surtout quand on est une femme.

Comment faire alors pour profiter de cette application collective tout en protégeant sa sécurité individuelle ?

À l’heure où le taux de pourcentage de femmes dans les courses augmente drastiquement, on s’interroge aussi sur notre rapport à la visibilité des femmes dans l’espace public. Et c’est pour cela qu’il existe des running clubs féminins et des associations comme la Sine Qua Non Run, très active pour soutenir les femmes dans la pratique de la course à pied sans avoir peur et en toute liberté.

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